mercredi, février 4, 2026
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Infantino menace, le Sénégal célèbre : la vraie victoire est sur le terrain

‎La sortie de Gianni Infantino n’est pas passée inaperçue. En condamnant fermement le comportement des Lions de la Teranga, le président de la FIFA a ravivé une polémique déjà brûlante autour de l’arbitrage de la finale Sénégal–Maroc.

‎Dès les premières lignes de sa déclaration, le ton est sévère : « acte inacceptable », « scènes déplorables », « comportements à ne jamais reproduire ». Mais cette condamnation pose une question centrale : peut-on juger la réaction sans analyser la cause ?

Une fin de match lunaire à l’origine de la colère sénégalaise

‎Le ressentiment du camp sénégalais ne naît pas dans le vide. Il explose dans les toutes dernières minutes du temps réglementaire, alors que le score est toujours de 0-0.

‎D’abord, ce but refusé au Sénégal. Sur corner, la tête d’Abdoulaye Seck sur le poteau, puis Ismaïla Sarr conclut dans les filets. Une action jugée limpide par de nombreux observateurs. Pourtant, l’arbitre RD congolais Jean-Jacques Ndala refuse le but pour une faute très discutable… sans même consulter la VAR, alors qu’il s’agit potentiellement du but du titre.

‎Quelques minutes plus tard, changement total de traitement. Penalty sifflé pour le Maroc à la 90+8’, pour une faute présumée de Malick Diouf sur Brahim Diaz. Cette fois, la VAR est utilisée pour confirmer la décision. Deux situations, deux usages de la technologie : le sentiment de « deux poids, deux mesures » devient alors impossible à ignorer.

Excédé, le sélectionneur Pape Thiaw demande à ses joueurs de quitter la pelouse. Le match est interrompu près de vingt minutes avant que, sous l’impulsion de leaders comme Sadio Mané, les Lions ne reviennent terminer la rencontre.

‎Puis survient ce que beaucoup ont appelé une bascule psychologique totale : Brahim Diaz tente une panenka sur penalty, Édouard Mendy reste sur ses appuis et capte le ballon. Le Sénégal finira par s’imposer 1-0 en prolongation grâce à un but de Pape Gueye.

La déclaration d’Infantino : une condamnation jugée sélective

‎C’est dans ce contexte brûlant que Gianni Infantino intervient publiquement. Sur le plan strictement réglementaire, son propos est clair : quitter le terrain constitue une infraction. Mais son analyse s’arrête là.

‎Le président de la FIFA condamne la forme — le retrait temporaire — sans jamais évoquer le fond : la cohérence de l’arbitrage et l’utilisation asymétrique de la VAR. Aucune mention des décisions controversées, aucun mot sur le but refusé sans vérification vidéo.

‎Ce silence est d’autant plus mal perçu que des images ont circulé montrant Infantino visiblement dépité après le penalty manqué du Maroc. Pour une partie des supporters sénégalais, cette posture alimente l’idée d’une prise de position institutionnelle, voire d’une protection de l’arbitrage au détriment de l’équité sportive.

‎En appelant à des « mesures appropriées », Infantino met également la pression sur la CAF, renforçant le sentiment que le Sénégal pourrait être sanctionné pour avoir osé protester contre ce qu’il juge être un arbitrage maison.

Un sacre qui renforce la légitimité du Sénégal

‎Ironie de l’histoire : le Sénégal gagne malgré tout. Et ce sacre vient renforcer un constat difficilement contestable. Les Lions ont été l’une des meilleures équipes du tournoi, sinon la meilleure.

‎Deuxième meilleure attaque de la CAN, meilleure défense ex æquo avec seulement deux buts encaissés, aucune équipe n’a véritablement dominé ou épuisé le Sénégal sur l’ensemble de la compétition. La victoire finale apparaît alors, pour beaucoup, comme une réponse du terrain à une soirée chaotique.

‎Quitter la pelouse n’était pas un acte de violence gratuite, mais un cri de révolte face à un sentiment profond d’injustice. Une réaction humaine dans un contexte de tension extrême.

Ainsi, si l’on considère le cadre strict des règlements, le retrait du terrain constitue bien une infraction. Cependant, le football ne peut se réduire à des articles disciplinaires isolés. En omettant le contexte et les décisions arbitrales controversées, la déclaration d’Infantino a donné l’impression d’être déconnectée de la réalité du match.

‎Face à ces circonstances exceptionnelles, le Sénégal a choisi de répondre sur le seul terrain qui compte : celui du jeu. Ce sacre, obtenu avec détermination et maîtrise, restera pour les supporters un symbole de résilience, de mérite et de justice sportive.

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