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CAN 2025 : les coulisses d’une finale devenue procès

Publié le 06/04/2026 – Mis à jour le 06/04/2026

‎Dans les grandes nuits du football africain, il y a les finales qui couronnent un champion, et celles qui laissent derrière elles une brume épaisse, des dossiers, des recours et une mémoire fracturée. Celle de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Maroc appartient à cette seconde catégorie. Le 18 janvier à Rabat, le Sénégal a gagné sur le terrain après une prolongation étouffante, mais plus de deux mois plus tard la CAF a transformé cette victoire en défaite par forfait, déclenchant une crise sportive et institutionnelle d’une rare violence. L’enquête de Le Monde montre surtout autre chose : une finale où les rapports officiels racontent des versions qui se contredisent, comme si le match avait laissé plusieurs vérités derrière lui.

Le soir où Rabat a basculé

‎Le décor était déjà électrique : pluie battante, tension maximale, stade plein, rivalité brûlante. À la 90e minute, un but sénégalais est annulé, puis un penalty est accordé au Maroc après recours à la VAR. Les Sénégalais quittent alors la pelouse pour protester, la finale s’interrompt une dizaine de minutes, puis reprend. Dans cette parenthèse de chaos, Brahim Diaz manque son tir au but, avant que Pape Gueye ne donne la victoire au Sénégal en prolongation. C’est cette séquence, brutale et confuse, qui sert de point de départ à toute l’affaire.

Cinq rapports, cinq morceaux d’un même puzzle

‎L’apport décisif de l’enquête de Le Monde tient à ses sources : cinq rapports officiels consultés par le quotidien, ceux de l’arbitre, du commissaire du match, du coordonnateur général et de deux documents liés à la sécurité. Ces pièces ne décrivent pas seulement une interruption ; elles dévoilent une scène de bascule, où les versions divergent sur la responsabilité du retour au jeu, sur le rôle du staff, sur l’ampleur des troubles et même sur la manière dont la décision a été vécue dans les couloirs du stade. À ce niveau, l’enjeu n’est plus seulement sportif : il devient documentaire, presque judiciaire.

Le point de rupture : 97e minute, puis le vide

‎Dans le rapport arbitral, l’arrêt de jeu à la 97e minute est présenté comme temporaire, avec un retour des joueurs sur l’aire de jeu après instruction de leur entraîneur, Pape Thiaw. Le coordonnateur général, lui, écrit que les Sénégalais sont allés aux vestiaires en abandonnant le match, avant qu’un seul joueur ne reste sur place pour ramener ses partenaires. Le commissaire du match ajoute un autre niveau de tension, parlant de tentatives d’affrontements entre officiels et remplaçants des deux équipes. Ce que le public a vu comme un simple débrayage émotionnel devient, dans les rapports, un objet disputé jusque dans ses mots.

Une finale, puis une bataille d’interprétation

‎C’est là que la lecture réglementaire a pris le dessus sur le récit sportif. Le 27 janvier, la commission de discipline de la CAF juge l’affaire et laisse le Sénégal champion, tout en infligeant de lourdes sanctions financières et sportives. Mais dans ses motivations du 11 février, elle estime notamment que le Maroc n’a pas protesté à la reprise et que l’arbitre a agi dans le cadre de son autorité. Le 17 mars, le jury d’appel renverse pourtant tout : il retient le forfait du Sénégal sur la base des articles 82 et 84 et attribue une victoire 3-0 au Maroc. La CAF publie alors sa décision dans la soirée, tandis que la fédération marocaine salue une application du règlement.

Le fond du dossier : le football, puis la gouvernance

‎L’onde de choc a dépassé la pelouse. Le Monde relève qu’à Dakar, le gouvernement sénégalais a demandé une enquête internationale pour soupçons de corruption au sein de la CAF, tandis que la Fédération sénégalaise a annoncé saisir le Tribunal arbitral du sport. Reuters a confirmé cette demande d’investigation, et la même logique de défiance se retrouve dans la couverture de l’AP, qui a décrit une décision renversant un résultat acquis sur le terrain. De son côté, Le Parisien avait déjà raconté dès janvier les quinze minutes où les Sénégalais ont failli ne pas revenir sur le terrain, signe que la fracture ne date pas de mars : elle commence au cœur du match.

Pourquoi cette CAN 2025 restera comme une affaire d’État du foot africain

‎Au fond, cette finale n’a pas seulement produit un vainqueur contesté. Elle a exposé une chaîne de décision où la règle a pris le dessus sur la perception du jeu, mais sans parvenir à effacer le soupçon d’arbitrage politique, ni à calmer les accusations de gouvernance opaque. Dans les documents cités par Le Monde, un détail résume tout : la commission d’appel affirme elle-même ne pas être compétente pour attribuer ou retirer un titre, ce qui renvoie le dossier vers d’autres instances de la CAF. Résultat : le terrain a parlé une première fois, le règlement une seconde, et la crédibilité de l’institution a encaissé le plus grand choc.

Un verdict, mais pas encore une paix

‎Tant que le TAS n’aura pas clos le feuilleton, la CAN 2025 restera moins une compétition qu’un contentieux total : sportif, juridique, médiatique, diplomatique. Le Maroc peut invoquer la lettre du règlement, le Sénégal l’esprit du jeu et la première vérité du score. Entre les deux, il reste une finale interrompue, des rapports discordants, des sanctions, des recours et une question qui résume toute la crise : comment un match gagné sur la pelouse a-t-il pu devenir, plus deux mois plus tard, un match rejoué dans les bureaux ?

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