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Pape Gueye, la mue du héros sénégalais à Villarreal

‎Il y a des buts qui ferment un débat, et des parcours qui racontent bien plus qu’une simple finale. Celui de Pape Gueye, unique buteur du Sénégal face au Maroc lors d’une finale de CAN devenue polémique, appartient à cette seconde catégorie : un instant de bascule, puis un long travail de recomposition. À Bétera, au cœur du décor tranquille de Villarreal, le milieu sénégalais ne parle ni en rescapé ni en nostalgique. Il parle en gagnant. Et sa ligne de défense est nette, presque tranchante : « On est les champions d’Afrique tout simplement », martèle-t-il, convaincu que le terrain a rendu son verdict et que « les médailles, elles sont chez nous ».

Une finale, un verdict, une certitude

‎Dans l’entretien accordé à L’Équipe, Pape Gueye revient d’abord sur le cœur du contentieux : cette finale remportée sportivement par le Sénégal en janvier, puis retirée par le jury d’appel de la CAF. Sa position n’a rien d’une posture de circonstance. Pour lui, le résultat ne se réécrit pas : le match a été joué, repris après interruption, puis remporté. Il insiste sur un point presque philosophique dans sa simplicité : le football ne se refait pas en bureau quand il a déjà parlé sur la pelouse. Et il ajoute, sans détour : « Le monde entier sait très bien que la coupe a été gagnée par le Sénégal ».

‎Ce refus de céder à la confusion dit beaucoup du personnage. Pape Gueye ne se contente pas de revendiquer une coupe ; il défend une vérité vécue. Lorsqu’on lui évoque l’idée d’Idrissa Gana Gueye de rendre sa médaille pour calmer la polémique, sa réponse garde une pointe d’humour, mais ne cille pas : « Je n’étais pas prêt à rendre ma médaille, moi ! » Derrière la formule, il y a une logique de vestiaire, une fidélité au groupe, et une lecture presque instinctive de ce que signifie une victoire arrachée dans le tumulte.

Sadio Mané, la colère, puis le sang-froid

‎L’autre séquence forte de son récit éclaire la finale de l’intérieur. Pape Gueye raconte la sortie de plusieurs joueurs après le penalty sifflé pour le Maroc, avant le retour dans le match sous l’impulsion de Sadio Mané. Le message du leader sénégalais a été simple, presque martial : revenir, continuer, jouer comme des hommes. Cette reprise a changé le destin de la soirée. Le penalty a été arrêté, la prolongation a suivi, puis le but du milieu de terrain a scellé la rencontre. Le joueur décrit aussi un climat de tension plus large, bien avant le coup d’envoi, avec l’arrivée mouvementée à Rabat et la sensation que la finale avait commencé bien avant l’arbitre.

‎Dans ce contexte, sa célébration prend une autre épaisseur. Ce n’est pas seulement l’explosion d’un buteur, mais la sortie d’une frustration accumulée. Sa lecture reste limpide : le Sénégal n’a pas seulement gagné une finale, il a résisté à une suite d’épisodes qui auraient pu désorganiser un groupe moins solide. C’est là que se niche l’un des fils conducteurs du récit : la victoire n’est pas seulement un résultat, c’est une démonstration de caractère.

À Villarreal, la responsabilité avant la lumière

‎La seconde moitié de l’entretien quitte la polémique pour entrer dans le fond du joueur. Et là, le portrait devient plus tactique, plus intéressant encore. Pape Gueye explique sa progression par une somme de détails concrets : un travail vidéo individualisé, un regard plus précis sur les adversaires, l’ajout du gardien dans ses préparations, et surtout une volonté d’investir sur lui-même. Il le dit avec des mots simples, mais très révélateurs : « Ce sont des choses que j’ai travaillées, j’ai investi sur moi-même ». Le but marqué contre le Soudan, en sélection, n’est alors plus un éclair isolé, mais le produit d’une méthode.

‎C’est ici que Villarreal prend tout son sens. L’ancien marseillais refuse l’étiquette du pas en arrière. Au contraire, il décrit un club plus compact, plus lisible, plus structuré, où il se sent exposé avec davantage de responsabilités. Il souligne un environnement familial, des circuits de travail clairs, l’influence de Marcelino, et surtout une place plus centrale dans le jeu. « À Marseille, il y avait beaucoup de stars. À Villarreal, c’était la première fois que j’allais être sur le devant de la scène », résume-t-il, comme pour expliquer que son ascension ne passe pas par le bruit, mais par la maturité.

‎Le détail est essentiel, car il raconte la transformation d’un joueur qui ne cherche plus seulement à exister, mais à peser. Pape Gueye le dit lui-même : il veut des responsabilités, pas la lumière pour la lumière. Cette nuance compte énormément dans la lecture de sa trajectoire. Lui qui fut capitaine du Havre très jeune se voit comme un joueur qui doit montrer l’exemple, guider, assumer. À Villarreal, cette ambition a trouvé une traduction concrète. Ses statistiques 2025/26 en Liga (4 buts, 2 passes décisives, note moyenne de 7,17 selon FotMob) racontent un milieu désormais capable d’influencer les deux surfaces, quand ses 1 768 minutes disputées soulignent la confiance installée. Plus présent dans les zones décisives, plus dense dans l’impact, plus mûr dans le tempo, il change de statut. Le Sénégal y gagne un milieu total ; Villarreal, un joueur qui élargit encore son registre.

Ce que raconte vraiment Pape Gueye

‎Au fond, l’histoire de Pape Gueye dans cet entretien n’est pas celle d’un simple héros de finale. C’est celle d’un joueur qui a compris qu’un statut ne se réclame pas, il se construit. Sa CAN a révélé sa capacité à frapper dans les grands rendez-vous, mais Villarreal montre autre chose : une progression intellectuelle, une discipline de préparation, une lecture plus fine des détails. Quand il affirme que les adversaires savent désormais ce qui peut arriver quand il a le ballon de loin, il ne parle pas d’arrogance ; il parle d’occupation de l’espace mental de l’opposant. C’est là, souvent, que les milieux complets commencent à basculer dans une autre dimension.

‎Et puis il y a cette phrase de conclusion, presque suspendue, au moment d’évoquer l’avenir : Villarreal est bien placé pour la Ligue des champions, son contrat court jusqu’en 2028, et il laisse planer l’idée de la suite sans se précipiter. Rien n’est fermé, tout est possible. D’autant que son nom circule déjà sur plusieurs radars européens, avec un intérêt évoqué du côté de Manchester United, attentif aux profils capables d’apporter volume, intensité et polyvalence au milieu. Chez Pape Gueye, même l’horizon garde une part de contrôle. Le Sénégal a gardé sa vérité sur le terrain ; lui, il a surtout gagné quelque chose de plus durable encore : une stature.

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