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Mikayil Faye à Cremonese : pourquoi le déclic tarde encore

Publié le 25/04/2026 – Mis à jour le 25/04/2026

‎Il devait être l’un des visages de la relance. À 21 ans, Mikayil Faye a quitté Rennes en prêt pour Cremonese avec l’idée de retrouver de la continuité en Serie A, dans un club où le FC Barcelone conserve un œil attentif grâce à une clause de plus-value de 30 % et une option de rachat. Sur le papier, le cadre semblait plus favorable. Dans les faits, le défenseur sénégalais a glissé dans une zone grise : présente dans le groupe, mais de plus en plus loin du terrain.

Mikayil Faye à Cremonese: des chiffres qui interrogent

‎Les chiffres racontent une installation inachevée. D’après FotMob, Faye totalise 250 minutes en Serie A cette saison, pour 0 but, 0 passe décisive et 1 carton jaune. Sa dernière apparition remonte au 22 février 2026, à Rome, lorsqu’il est entré à la 74e minute à la place de Giuseppe Pezzella. Depuis, il n’a plus disputé la moindre minute officielle avec Cremonese.

‎Ce ralentissement contraste d’autant plus avec le souvenir laissé par le joueur chez les Lions. Le 22 mars 2024, à Amiens, Mikayil Faye avait marqué contre le Gabon pour sa première sélection, une frappe lointaine qui avait immédiatement signé son identité : pied gauche, audace, relance, projection. Ce soir-là, le Sénégal s’était imposé 3-0 en amical et le jeune défenseur, âgé de 19 ans à l’époque, avait déjà donné le sentiment d’avoir quelque chose de plus que la simple promesse d’un grand gabarit technique.

‎Mais à Cremonese, le décor a changé. Le club catalyse désormais ses choix autour de garanties immédiates, et le prêt du Sénégalais ressemble moins à une rampe de lancement qu’à un test de résistance. Foot Mercato souligne d’ailleurs que Barcelone suit sa situation de près : le club compte sur sa progression pour valoriser le dossier, tout en espérant que Cremonese n’active pas la clause d’achat fixée à 10 millions d’euros.

Pourquoi la Serie A réclame une rigueur totale

‎Le moment n’aide pas. Cremonese sort d’un lourd revers à Naples, 4-0, et occupe la 18e place avec 28 points après 34 journées, à égalité avec Lecce mais relégable au moment d’aborder le sprint final. La dynamique récente n’inspire guère la souplesse : sur les cinq derniers matches, le club n’a gagné qu’une fois, pour quatre sorties sans victoire. Dans ce contexte, chaque choix de composition devient une décision de survie.

‎C’est là que l’âge de la hiérarchie défensive prend tout son sens. Marco Giampaolo s’appuie d’abord sur des joueurs installés : Federico Baschirotto a 29 ans, Sebastiano Luperto 29 ans également, et Matteo Bianchetti 33 ans. Ce trio incarne une forme de continuité, de vécu et de discipline qui rassure davantage un entraîneur sous pression qu’un jeune défenseur encore irrégulier dans ses repères. Le message est clair : dans la zone rouge, l’expérience pèse plus lourd que le potentiel brut.

C’est ici que l’analyse tactique devient plus intéressante que le simple constat comptable. Faye n’est pas écarté parce qu’il serait dépourvu de talent. Il est écarté parce qu’en Serie A, dans une équipe qui joue sa survie, le talent brut ne pèse qu’à condition d’être immédiatement fiable. Son profil attire encore par la relance gauche, l’aisance sous pression et la qualité de son premier contrôle, mais le championnat italien valorise d’abord la répétition, la concentration et la discipline de placement. Autrement dit : au niveau où se bat Cremonese, il ne suffit pas d’être élégant. Il faut être inusable. Cette lecture est renforcée par l’observation faite plus tôt par Habib Beye à Rennes, lorsqu’il décrivait un joueur « très à l’aise avec le ballon » mais montrant « souvent de la nonchalance » et ayant besoin de « plus de dynamisme ».

‎Le frein, pour Faye, ne relève donc pas uniquement du terrain. Il touche aussi à l’image laissée auprès d’un staff. À Rennes, l’été 2025 avait déjà été marqué par un rappel à l’ordre, après un retard au rassemblement qui l’avait privé du match face à l’OM. Ce type d’épisode nourrit souvent une perception durable : celle d’un joueur talentueux, mais encore en quête de constance. Or, dans un vestiaire où la fiabilité vaut autant que le talent, ce genre d’étiquette met du temps à disparaître.

‎Au fond, Mikayil Faye traverse un passage révélateur : celui d’un talent encore en quête de crédibilité durable. Son but contre le Gabon avait dessiné une trajectoire ascendante ; son prêt à Cremonese devait l’aider à franchir un cap. Pour l’instant, la Serie A lui oppose une vérité plus sèche : dans une équipe menacée, la lumière ne suffit pas. Il faut aussi devenir fiable, presque austère, jusqu’à s’imposer comme une évidence.

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