Un appel, une phrase, puis un vide. À quelques semaines du Mondial 2026, Sabri Lamouchi pensait tenir un jeune visage pour sa Tunisie ; il raconte avoir finalement reçu, par l’intermédiaire du père de Louey Ben Farhat, un refus jugé prématuré. Le sélectionneur dit avoir été « choqué », et a clos l’affaire publiquement au moment même où la liste tunisienne prenait forme pour un tournoi programmé du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Mexique et au Canada.
« J’ai reçu un appel du père de Louey Ben Farhat. Il m’a dit que c’était trop tôt pour le sélectionner. J’étais choqué (…) C’est un manque de respect. Cette affaire est close », a lâché Lamouchi, visiblement marqué par la situation.
Le dossier est d’autant plus sensible que Ben Farhat n’arrive pas de nulle part. Né à Waiblingen, en Allemagne, l’attaquant de Karlsruhe possède la double nationalité tunisienne et allemande. Il a déjà honoré deux apparitions avec les Aigles de Carthage lors du rassemblement amical de mars face à Haïti puis au Canada, pour un total de 63 minutes. Des rencontres sans caractère officiel qui lui permettent encore, selon les règlements de la FIFA, de rester éligible avec l’Allemagne.
Autrement dit, la Tunisie n’a pas tenté une prise de contact opportuniste, mais bien prolongé une première relation internationale déjà entamée. Sportivement, le profil intrigue. À 19 ans, Ben Farhat a signé une saison solide en deuxième division allemande : 6 buts, 2 passes décisives en 19 matches, avec une activité soutenue dans le volume de course, les sprints et la répétition des efforts. Ce n’est pas seulement un finisseur ; c’est un jeune attaquant qui pèse déjà dans le rythme d’une équipe professionnelle, ce qui explique l’intérêt de Lamouchi.
Un refus qui dépasse le simple choix sportif
C’est là que le débat devient plus profond qu’un simple refus de convocation. Le sélectionneur tunisien, nommé en janvier 2026 pour succéder à Sami Trabelsi, avait bâti un groupe pour un Mondial où la Tunisie figure dans le groupe F avec la Suède, le Japon et les Pays-Bas. Dans cette logique, appeler Ben Farhat revenait à investir dans un potentiel immédiat autant que dans un avenir à sécuriser. Le laisser partir, c’est perdre une pièce de transition, un profil mobile capable d’attaquer la profondeur et d’étirer une défense, donc une option tactique rare dans un tournoi à haute densité.
Mais le cas Ben Farhat raconte aussi autre chose : la concurrence silencieuse que se livrent les sélections autour des binationaux formés en Europe. Le football tunisien connaît ce dilemme depuis des années, entre urgence sportive, construction identitaire et promesse allemande, française ou belge qui reste, parfois, en toile de fond. Ici, la Tunisie pensait récupérer un joueur déjà testé ; elle se heurte à une cellule familiale qui juge le moment trop tôt. Dans une époque où les carrières se négocient de plus en plus tôt, le choix n’est pas seulement sportif : il devient stratégique, presque existentiel.
Et c’est sans doute ce qui rend l’affaire si clivante. Lamouchi y voit une forme de rupture de confiance ; les défenseurs du joueur y verront peut-être une protection, une manière d’éviter d’exposer un attaquant encore en construction à la plus brutale des scènes mondiales. Entre les deux, il reste un fait nu : la Tunisie a ouvert la porte, Ben Farhat ne l’a pas franchie, et le Mondial 2026 se déroulera sans lui. Pour un joueur de 19 ans, l’histoire n’est peut-être pas terminée ; pour la Tunisie, elle ressemble déjà à un rendez-vous manqué.
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