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Mort de Cheikh Touré : un rescapé raconte l’enfer au Ghana

Publié le 13/03/2026 – Mis à jour le 13/03/2026

La mort de Cheikh Touré continue de révéler des zones d’ombre inquiétantes. Désormais, un rescapé raconte l’enfer vécu au Ghana et décrit un système bien organisé qui piège des jeunes Sénégalais.

‎La mort de Cheikh Touré, jeune footballeur sénégalais décédé au Ghana, prend une dimension encore plus troublante. Un témoignage inédit vient éclairer les circonstances dans lesquelles certains jeunes Sénégalais se retrouvent piégés dans des réseaux clandestins.

Dans le quotidien Source A du jeudi 12 mars — qui reprend une enquête publiée par Seneweb News — un rescapé de 26 ans, Papa Sarr, raconte comment il a survécu à ce qu’il décrit comme un véritable enfer. Selon lui, les méthodes utilisées par ces réseaux ressemblent aux conditions qui auraient conduit à la mort du jeune gardien sénégalais.

‎Son récit dévoile un système d’escroquerie sophistiqué, basé sur de fausses promesses d’émigration vers le Canada via le Ghana. Mais derrière ce mirage se cacherait en réalité une organisation qui exploite et séquestre ses victimes.

L’appât d’un rêve canadien

‎Tout commence par une promesse. Papa Sarr explique que son cousin Aliou Sarr, qui travaillait au marché Ocass de Touba, l’a contacté depuis un numéro canadien. Selon ce dernier, une opportunité existait pour rejoindre le Canada en passant par le Ghana.

‎Pour constituer le dossier, il fallait verser 5 millions de francs CFA. « J’avais déjà 3 millions et j’ai contracté un prêt de 2 millions pour compléter la somme », raconte le jeune homme.

‎Le plan semblait simple : une fois arrivé au Ghana, un certain Mbaye devait préparer les documents. Ensuite, il suffirait de se présenter à l’ambassade pour faire tamponner les papiers avant de partir pour le Canada. Mais la réalité allait être tout autre.

Le piège de la forêt

‎À son arrivée au Ghana, Papa Sarr attend trois jours avant qu’on lui annonce un rendez-vous. Un homme vient alors le chercher. Cependant, au lieu de le conduire à l’ambassade, il l’emmène dans une forêt isolée. Sur place, il découvre une scène troublante : plusieurs Sénégalais se trouvent déjà là, encadrés par deux Ghanéens. Immédiatement, les nouveaux arrivants sont dépouillés de leurs téléphones. C’est à ce moment que les choses deviennent plus claires. Ou plutôt plus inquiétantes.

‎Les organisateurs expliquent qu’ils n’ont pas besoin d’aller au Canada. Selon eux, le Ghana offre tout ce dont ils ont besoin. En réalité, leur mission sera tout autre : recruter d’autres Sénégalais. Le système est simple mais redoutable. Chaque victime doit convaincre des proches qu’elle se trouve déjà au Canada afin de les pousser à venir au Ghana et chaque nouvelle recrue devra, elle aussi, payer 5 millions de francs CFA.

En échange, les recruteurs promettent un paiement pouvant atteindre 150 000 francs CFA par semaine, en fonction du nombre de personnes attirées dans le piège. C’est alors que Papa Sarr découvre une vérité bouleversante. Son propre cousin Aliou Sarr entre dans la pièce.

‎« J’étais choqué parce que je pensais qu’il était au Canada », confie-t-il. Aliou lui avoue alors que s’il lui avait dit qu’il était au Ghana, il ne serait jamais venu.

L’ombre de Cheikh Touré

‎Lorsque Papa Sarr refuse de coopérer et exige de rentrer au Sénégal, la tension monte immédiatement. Les autres Sénégalais lui expliquent qu’il est désormais impossible de quitter les lieux. Selon leurs mots, il s’agit d’un “contrat de 90 ans”.

‎Un autre détenu, nommé Baye Karim, tente alors de le calmer et lui conseille de trouver une stratégie pour s’échapper. C’est à ce moment que Papa Sarr entend une révélation glaçante.

Selon Baye Karim, c’est dans cette même chambre qu’aurait été tué Cheikh Touré, le jeune footballeur sénégalais dont la mort avait provoqué une vague d’indignation.

‎Papa Sarr affirme avoir été retenu pendant une semaine. Ensuite, il est isolé dans une pièce pendant trois jours, sans nourriture et sans eau. ‎Il comprend alors que la même méthode aurait été utilisée contre Cheikh Touré. « J’ai dit que je suis prêt à mourir ici, mais je ne vais pas appeler ma famille pour leur demander de l’argent », raconte-t-il.

Une fuite digne d’un miracle

Les tortures commencent ensuite. Papa Sarr affirme avoir été frappé avec une barre de fer. Pour survivre, il décide de tenter une stratégie désespérée : faire croire à sa mort. Il s’allonge et reste immobile. Les deux hommes présents dans la pièce pensent qu’il est décédé. Ils déposent son téléphone et ses papiers d’identité à côté de son corps avant de quitter la pièce.

‎Il est environ trois heures du matin. Dès qu’ils partent, Papa Sarr se relève et s’enfuit. Il marche toute la nuit en suivant les lumières au loin jusqu’à atteindre un rond-point où il croise deux policiers. Ces derniers lui donnent de l’eau et lui permettent de contacter une connaissance originaire de Thiaroye, installé au Ghana.

‎C’est ce compatriote qui vient finalement le récupérer au poste de police. Par la suite, l’ambassade du Sénégal prend en charge son billet de bus jusqu’en Côte d’Ivoire.

Retour au Sénégal et avertissement aux jeunes

‎De retour au pays, Papa Sarr est hospitalisé pendant quinze jours à l’hôpital de Thiaroye. Il explique être sorti seulement récemment. Aujourd’hui, son objectif est clair : ALERTER LES JEUNES SÉNÉGALAIS. Selon lui, de nombreux compatriotes sont toujours piégés dans ce réseau au Ghana.

‎« Les Sénégalais sont nombreux là-bas. Ils ont construit des bâtiments et beaucoup font croire à leurs familles qu’ils sont au Canada », affirme-t-il.

‎Ce témoignage renforce les inquiétudes autour de la mort de Cheikh Touré et des réseaux d’escroquerie qui exploitent les rêves d’émigration. Car derrière les promesses d’un avenir meilleur, certains découvrent une réalité beaucoup plus sombre. Et parfois, comme dans le cas du jeune gardien sénégalais, ce piège peut devenir fatal.

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