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Nampalys Mendy : « La décision de la CAF est un scandale »

Publié le 31/03/2026 – Mis à jour le 31/03/2026

‎Il y a des interviews qui racontent une saison. Et puis il y a celles qui disent quelque chose de plus vaste : un vestiaire, une blessure, une fracture entre le terrain et les bureaux. Celle de Nampalys Mendy appartient à la deuxième catégorie. À 33 ans, le milieu de Watford a parlé sans détour à Foot Mercato de son année morcelée, de sa mise à l’écart chez les Lions et de sa colère après la décision de la CAF d’attribuer la CAN 2025 au Maroc.

‎Ce n’est pas un coup de sang isolé. C’est le regard d’un joueur qui a connu l’instabilité de l’intérieur et qui, depuis sa place à Watford, voit le football africain se débattre dans une crise qui dépasse le seul cadre sportif. Quand Mendy dit que la décision de la CAF est « un scandale », il ne parle pas seulement du Sénégal. Il parle de respect, de crédibilité et d’image collective. Et c’est précisément pour cela que ses mots portent.

Une saison hachée, un joueur désajusté

‎Le premier fil de son entretien est presque banal en apparence : une saison cassée par les changements de coachs. Mais chez Nampalys Mendy, ce banal-là raconte l’essentiel. Arrivé à Watford parce que le projet lui parlait, lui qui venait de Lens, il dit avoir été lancé par Paulo Pezzolano, puis stoppé net après un changement d’entraîneur. Au retour de sélection, il glisse hors des plans de Javi Gracia sans explication claire, avant de rejouer sous les deux coachs suivants. Sa lecture est nette : sa mise à l’écart n’était pas justifiée.

‎Ce passage est important parce qu’il éclaire tout le reste. Chez un joueur de son profil, le rythme n’est pas un détail ; c’est le cœur du métier. Un milieu défensif vit de repères, de timing, de continuité. Quand la hiérarchie bouge sans arrêt, la performance devient fragile. Mendy ne se présente pas comme une victime permanente, mais comme un professionnel désaxé par une série d’événements qu’il n’a pas maîtrisés. Son récit est d’autant plus convaincant qu’il ne cherche pas à dramatiser : il constate, il raconte, il juge.

‎Dans cette séquence, le Sénégal a aussi payé. Mendy dit n’avoir plus été appelé en sélection après cette mise à l’écart, et reconnaît que cela lui a coûté très cher. Il explique avoir raté la CAN et avoir vécu cette absence comme un coup brutal, presque intime : « ça m’a tué ». Là encore, la formule est courte, mais elle dit tout. L’équipe nationale n’est pas seulement un horizon sportif ; pour lui, c’est un lien émotionnel, une évidence, un état naturel.

La CAN vue depuis le bord du terrain

‎Le plus frappant, dans son entretien, est peut-être ce va-et-vient entre le joueur et le supporter. Nampalys Mendy raconte qu’il a vécu la CAN sous les deux angles : comme participant et comme simple spectateur. Et il dit avoir été frappé par le sérieux des Lions, du début à la fin du tournoi. Cette remarque est précieuse, parce qu’elle ne vient pas d’un observateur extérieur, mais d’un homme du groupe, exclu au mauvais moment, qui a regardé ses frères de loin.

‎Le paradoxe est là : plus il est éloigné, plus son regard se fait nu. Il parle d’une équipe qu’il admire, d’un groupe qu’il décrit comme une fraternité, et d’une compétition qu’il trouve « excellente ». Ce déplacement de perspective est typique des joueurs qui sortent temporairement d’un vestiaire : ils n’ont plus la chaleur du quotidien, mais ils gagnent souvent en lucidité. Mendy insiste sur l’état d’esprit, sur le sérieux, sur l’idée que la compétition doit être abordée avec une forme de stabilité mentale. On entend là l’ancien cadre de Ligue 1, le joueur formé dans des environnements exigeants, pour qui la discipline collective compte autant que le talent brut.

‎Ce regard a aussi une autre vertu : il remet la CAN au centre de ce qu’elle est vraiment. Pas une affiche administrative, pas une bataille de communiqués, mais une compétition vécue dans le corps, la fatigue, le stress et l’attente. Quand Nampalys Mendy raconte avoir été avec sa femme devant la finale, sous le choc, il renvoie la CAN à sa vérité la plus simple : celle d’un match qui devait se régler sur la pelouse. La violence de sa réaction vient de là. Il n’a pas vu un débat juridique, il a vu un déraillement du football.

‎« C’est un scandale » : la phrase qui dépasse le Sénégal

‎Quand il parle de “scandale”, Nampalys Mendy ne règle pas ses comptes : il met des mots sur une fracture. Celle d’un football africain qui vacille entre sa vérité de terrain et ses décisions de bureau. Car oui, la CAF a renversé l’ordre du jeu, retirant au Sénégal un titre conquis sur la pelouse pour l’attribuer au Maroc. Une bascule brutale, immédiatement contestée par la FSF, qui a saisi le TAS. Depuis, le dossier a dépassé le cadre sportif : il est devenu un point de rupture, un séisme qui interroge la crédibilité même des instances africaines.

‎Ce que Mendy ajoute, et qui rend sa sortie plus forte encore, c’est la question de l’image. Il raconte qu’en Angleterre, dans son club, l’affaire fait rire ou interroge, et que cela abîme la perception du football africain. Il va jusqu’à dire que les gens y voient les Africains comme des « clowns ». C’est une formule dure, crue, sans élégance diplomatique. Mais elle dit quelque chose d’essentiel : quand les institutions ne protègent plus la lisibilité du jeu, c’est toute une région footballistique qui voit sa crédibilité fragilisée.

‎On peut discuter le mot, pas forcément le fond. Dans une époque où les fédérations européennes valorisent la transparence de leurs procédures et l’autorité du terrain, la décision de la CAF a ouvert une brèche immense. La FSF a dénoncé une décision “inique, sans précédent et inacceptable” et a déjà saisi le TAS pour contester l’attribution du titre. Le constat de Mendy s’inscrit dans cette même ligne de fracture : ce n’est pas seulement un titre qui est contesté, c’est la manière dont il a été retiré.

La Coupe du monde comme réparation sportive

‎Malgré tout, l’entretien ne se referme pas sur la colère. Il s’ouvre vers l’avenir. Mendy dit croire encore à la Coupe du monde avec le Sénégal, qu’il considère comme un « objectif clair ». Il sait que la décision reviendra au sélectionneur, mais il dit pouvoir compter sur son travail. C’est la phrase d’un joueur qui veut encore peser, pas seulement commenter.

‎Cette projection est d’autant plus intéressante qu’il pense le Mondial comme un espace de vérité pour les équipes africaines. Pour lui, le continent a franchi un cap : les joueurs évoluent en Europe, dans de grands clubs, dans de grands championnats, et peuvent battre n’importe qui. Cette lecture est importante parce qu’elle épouse un basculement réel du football international : les sélections africaines ne sont plus là pour faire nombre, elles veulent faire tomber des puissances établies. Mendy cite d’ailleurs la France comme un adversaire spécial, presque intime, en rappelant qu’il est né en 2002 et qu’il se souvient de l’époque où ce type d’affiche relevait du rêve plus que du programme.

‎Son propos sur le Mondial est simple, presque brutal : quand on joue, on joue pour gagner. Il sait bien que c’est « quasiment impossible », mais il ne cède pas sur l’ambition. C’est là que sa parole rejoint celle de nombreux cadres africains : la progression ne se mesure plus à la participation, mais à la capacité à imposer une norme, une identité, une résistance. Le Sénégal, dans son esprit, n’a plus à choisir entre ambition et réalisme. Il doit viser haut, parce que le niveau du groupe l’exige.

Le Championship comme miroir

‎La dernière partie de l’entretien est peut-être la plus révélatrice de son tempérament de joueur. Mendy compare le Championship à l’Afrique, insiste sur sa dureté, sur l’absence de VAR, sur la densité physique, sur les touches qui deviennent des corners, sur les duels qui cassent le rythme. Il va jusqu’à dire que le Championship est « pire que la CAN ». La formule est provocatrice, mais sa logique est nette : le football le plus chaotique est souvent celui où la lecture tactique est la plus exigeante.

‎Cette comparaison raconte quelque chose de précieux sur lui. Mendy n’est pas un romantique du jeu ; c’est un joueur de contraintes. Il pense en termes de duels, de seconde balle, d’adaptation, de survie. C’est précisément ce type de profil qui a longtemps façonné les équipes africaines les plus solides : des milieux capables de garder le cap dans le désordre, de faire exister une structure dans un match heurté. Quand il dit qu’en Afrique il faut faire la différence techniquement parce que tout le monde court, saute et frappe fort, il met le doigt sur une réalité souvent minimisée par les lectures trop abstraites du football continental.

‎Au fond, l’entretien de Nampalys Mendy raconte trois choses à la fois. Une saison cabossée. Un amour intact pour le Sénégal. Et une colère qui dépasse sa personne pour toucher à la dignité du football africain. C’est pour cela que ses mots résonnent plus loin que Watford, plus loin que la CAN, plus loin même que la sélection. Ils disent la lassitude d’une génération qui veut être jugée sur le terrain, pas dans les couloirs. Et ils rappellent que, dans ce football-là, la vérité d’un joueur peut parfois éclairer mieux qu’un communiqué.

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