Il suffit parfois d’une phrase pour relancer un débat qui n’a jamais vraiment disparu. Jeudi 11 juin, jour du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, Kylian Mbappé a remis le Sénégal au centre du récit en évoquant le « champion d’Afrique » au micro de M6, avec une pointe d’humour sur l’identité du vainqueur entre le Sénégal et le Maroc. Une sortie légère en apparence, mais qui touche à un sujet brûlant, encore chargé d’émotion, de droit et de fierté nationale.
Un titre contesté, une fierté qui ne s’éteint pas
Car derrière la plaisanterie de Mbappé se cache l’une des plus grandes controverses de l’histoire récente du football africain. Sur le terrain, le Sénégal avait remporté la finale de la CAN 2025 face au Maroc (1-0 après prolongation) grâce à un but de Pape Gueye. Un succès arraché au bout de 120 minutes qui avait offert aux Lions de la Teranga ce qui apparaissait alors comme un deuxième titre continental.
La rencontre avait toutefois basculé dans la polémique avant même son dénouement. Dans les dernières minutes du temps réglementaire, une décision arbitrale favorable au Maroc avait provoqué la colère du camp sénégalais. Une grande partie des joueurs avait alors quitté la pelouse en signe de protestation avant de revenir terminer la rencontre. Plusieurs semaines plus tard, saisie par la Fédération marocaine, la CAF a considéré cet épisode comme un abandon de match et a finalement attribué la victoire sur tapis vert au Maroc.
Au Sénégal, cette décision continue d’être contestée. La Fédération sénégalaise a saisi le Tribunal arbitral du sport (TAS), tandis que les Lions ont continué à afficher leur attachement à ce trophée. En mars dernier, lors du match amical disputé face au Pérou au Stade de France, les champions d’Afrique sur le terrain avaient présenté la coupe devant leur public. C’est ce contexte qui donne aujourd’hui une résonance particulière aux propos de Kylian Mbappé lorsqu’il évoque, avec le sourire, l’identité du « champion d’Afrique ».
2002, la cicatrice fondatrice
S’il existe un match capable de faire dialoguer le passé et le présent, c’est bien France-Sénégal. Le 31 mai 2002, en ouverture de la Coupe du monde en Corée/Japon, les Lions de la Teranga avaient fait tomber les Bleus, champions du monde en titre, grâce au but de Papa Bouba Diop. La FIFA elle-même revient régulièrement sur cet épisode, et le résultat figure encore comme une trace fondatrice dans les archives du tournoi.
C’est précisément cette mémoire-là que la sortie de Mbappé vient réveiller. En parlant d’une « grande équipe », d’une rivalité historique et d’un match qui doit lancer la compétition, le capitaine des Bleus a lui-même donné à cette affiche une épaisseur particulière. Il a aussi expliqué qu’un bon départ permettrait de dissiper les premiers doutes, comme si l’ouverture face au Sénégal était déjà un premier test de résistance mentale avant même d’être un match de football.
Sur le terrain, l’enjeu sera limpide : la France voudra imposer sa maîtrise et son volume offensif, tandis que le Sénégal cherchera à faire durer le doute, à fermer les espaces, à survivre aux premières accélérations et à transformer chaque transition en menace. Dans ce type de rendez-vous, l’histoire pèse, mais la structure tactique décide souvent du reste. Et c’est là que le Sénégal est le plus dangereux : quand il refuse de jouer le rôle qu’on lui assigne, quand il transforme le tumulte extérieur en carburant intérieur.
Mbappé a sans doute parlé avec l’insouciance du champion, mais sa phrase a déjà rempli sa mission : remettre en circulation un mot, un trophée, une controverse et un souvenir qui ne s’efface pas. À quatre jours du rendez-vous du 16 juin, France-Sénégal n’a plus rien d’un simple premier match. C’est une affiche de contexte, de cicatrice et de pouvoir narratif. Et dans cette histoire, le Sénégal champion d’Afrique reste bien plus qu’un slogan : c’est une bataille de légitimité, de mémoire et de symboles.
Chez EBR Medias, le football est mon quotidien. Des Lions du Sénégal au championnat local, en passant par les stars africaines, les grandes compétitions et le foot mondial, je raconte et analyse le jeu avec rigueur, passion et des sources fiables.

