À quelques heures de l’entrée en lice du Sénégal dans cette Coupe du monde 2026, Pape Thiaw s’est présenté face aux médias avec une sérénité qui contrastait avec l’immense attente entourant le choc contre la France. Il ne s’agissait pas seulement de commenter un match de phase de groupes. Derrière cette affiche se cache une histoire commune, une mémoire collective qui relie deux générations de footballeurs sénégalais et qui ramène inévitablement à l’exploit de 2002. Pourtant, le sélectionneur des Lions a soigneusement évité le piège de la nostalgie. Son discours n’était ni celui d’un homme écrasé par le poids du passé ni celui d’un technicien cherchant à provoquer l’adversaire. Il s’est au contraire attaché à définir l’identité de son équipe à travers une formule qui a marqué cette conférence de presse : « Nous sommes très ambitieux, mais pas prétentieux. » Une phrase simple en apparence, mais qui résume parfaitement la position du Sénégal à l’aube de ce rendez-vous mondial.
France-Sénégal : une ambition assumée sans arrogance
Cette déclaration est d’autant plus intéressante qu’elle intervient dans un contexte où le Sénégal n’a plus besoin de revendiquer sa place parmi les meilleures sélections du continent. Les Lions ont accumulé de l’expérience au plus haut niveau, remporté deux fois la Coupe d’Afrique des nations, disputé plusieurs grandes compétitions internationales et développé une génération capable d’évoluer dans les plus grands championnats européens. Pape Thiaw n’a d’ailleurs jamais cherché à minimiser les ambitions de son groupe. Bien au contraire. « Nous avons beaucoup de respect pour cette équipe de France, mais nous allons jouer ce match pour le gagner », a-t-il affirmé avec conviction. Derrière cette phrase se dessine toute la philosophie du sélectionneur : reconnaître la qualité de l’adversaire sans lui céder le moindre avantage psychologique. Le Sénégal n’aborde pas cette rencontre avec l’idée de limiter les dégâts ou d’attendre un exploit improbable. Il se présente avec la volonté assumée de prendre des points et de lancer idéalement sa compétition.
Pour autant, le technicien sénégalais n’est pas tombé dans l’excès inverse consistant à nier les forces françaises. Interrogé sur le statut de favori des Bleus, il a répondu avec lucidité : « La France est favorite. Elle est première au classement FIFA. C’est une très grande nation de football avec des joueurs de très haut niveau. » Mais cette reconnaissance s’accompagne immédiatement d’une mise en perspective qui révèle sa manière d’appréhender le football de haut niveau : « Le football se joue sur le terrain. » Cette phrase revient souvent dans le vocabulaire des entraîneurs, mais elle prend ici une résonance particulière. Pape Thiaw rappelle ainsi que les hiérarchies établies avant un match ne suffisent jamais à en déterminer l’issue. Les statistiques, les classements et les réputations constituent un décor, parfois impressionnant, mais ce sont toujours les joueurs qui écrivent l’histoire au moment du coup d’envoi. À travers ce discours, le sélectionneur cherche manifestement à installer son équipe dans une posture de confiance maîtrisée, loin des complexes qui ont longtemps accompagné les confrontations entre sélections africaines et européennes.
Pourquoi Pape Thiaw croit aux chances du Sénégal face à la France
Naturellement, la discussion a rapidement glissé vers le souvenir de 2002, ce moment fondateur du football sénégalais moderne qui continue d’habiter chaque confrontation entre les Lions et les Bleus. Là encore, Pape Thiaw a adopté une position équilibrée. Il n’a jamais cherché à effacer ce passé glorieux, mais il refuse qu’il devienne une obsession. « 2002 est derrière nous », a-t-il rappelé avant de poursuivre : « C’est un très beau souvenir pour le Sénégal, mais l’histoire ne joue pas sur le terrain. Les joueurs qui seront là demain doivent écrire leur propre histoire. » Dans cette réponse apparaît toute la maturité du sélectionneur. Il comprend la valeur symbolique de cette victoire historique, il sait ce qu’elle représente pour plusieurs générations de Sénégalais, mais il refuse de bâtir son discours sur des émotions vieilles de vingt-quatre ans. Son regard est tourné vers l’avenir, vers cette équipe actuelle qui doit désormais produire ses propres références et ses propres exploits.
« C’était comme un père » : l’émouvant hommage à Bruno Metsu
Le moment le plus fort de cette conférence est sans doute intervenu lorsqu’il a été interrogé sur Bruno Metsu. Pendant quelques instants, le sélectionneur a quitté le registre de l’analyse sportive pour celui de l’émotion et de la mémoire. « Bruno Metsu, c’était comme un père pour moi », a-t-il confié avec une sincérité qui ne laissait aucune place au doute. Puis il a développé : « C’était mon mentor. J’ai énormément appris avec lui. Il a eu une influence immense sur ma carrière et sur l’homme que je suis devenu. » Ces mots permettent de mieux comprendre la trajectoire de Pape Thiaw. Avant d’être le sélectionneur du Sénégal, il fut l’un des joueurs marqués par la personnalité du technicien français disparu en 2013. Cette relation dépasse largement le cadre du football. Elle appartient à ces transmissions rares qui façonnent durablement une carrière. Lorsque Thiaw ajoute « Il y aura toujours un peu de Bruno Metsu dans mes discours », il ne parle pas seulement de tactique ou de management. Il évoque une manière de diriger un groupe, de parler aux joueurs, de transmettre des valeurs et de créer une force collective.
Sur le plan purement sportif, le sélectionneur s’est montré rassurant concernant l’état de son effectif. « J’ai tout mon groupe à ma disposition », a-t-il annoncé, une information loin d’être anodine à la veille d’un rendez-vous de cette importance. Dans un tournoi aussi exigeant qu’une Coupe du monde, disposer de l’ensemble de ses cadres représente un avantage considérable. Cette disponibilité générale offre davantage d’options tactiques et permet surtout d’aborder la rencontre avec une préparation optimale. Pape Thiaw n’a évidemment livré aucun détail sur son onze de départ, mais son discours laisse entrevoir un groupe concentré, prêt physiquement et mentalement à répondre à l’intensité du défi qui l’attend.
Quand Pape Thiaw regarde plus loin que la France
Au-delà du seul cas sénégalais, le technicien a également profité de cette prise de parole pour évoquer l’évolution du football africain. Son regard dépasse les frontières nationales et s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place du continent dans les grandes compétitions internationales. « Le football africain progresse énormément », a-t-il expliqué avant de formuler un souhait particulièrement ambitieux : « Mon rêve serait de voir deux nations africaines en demi-finales de cette Coupe du monde. » Cette déclaration illustre parfaitement l’évolution des ambitions africaines. Il n’est plus seulement question de créer la surprise ou d’atteindre les huitièmes de finale. Les grandes sélections du continent veulent désormais s’installer durablement parmi les meilleures nations du monde et concurrencer les puissances historiques sur la durée.
Au final, cette conférence de presse a offert un portrait particulièrement révélateur de Pape Thiaw. Derrière l’ancien international sénégalais apparaît un sélectionneur qui conjugue mémoire et modernité, respect des héritages et volonté de construire quelque chose de nouveau. Il revendique l’influence de Bruno Metsu sans chercher à reproduire son histoire. Il respecte la France sans lui accorder une supériorité morale ou psychologique. Il assume les ambitions du Sénégal sans tomber dans la prétention. Et c’est peut-être précisément cette capacité à trouver le juste équilibre qui résume le mieux son état d’esprit à quelques heures du coup d’envoi. Lorsqu’il affirme que son équipe est « très ambitieuse, mais pas prétentieuse », il ne décrit pas seulement son groupe. Il définit une philosophie, une manière d’aborder le très haut niveau et, peut-être, la meilleure feuille de route possible pour les Lions dans cette Coupe du monde.
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