Le Sénégal a longtemps donné l’impression d’avoir le match dans ses mains. Puis il a laissé filer le tempo, l’oxygène et finalement le résultat. Cette défaite 3-1 face à la France raconte à la fois une première heure convaincante, parfois même ambitieuse, et une fin de rencontre avalée par la fraîcheur française, les ajustements tactiques de Didier Deschamps et l’érosion physique de plusieurs cadres sénégalais.
Kylian Mbappé a fait basculer la rencontre à la 66e minute avant que Bradley Barcola, fraîchement entré en jeu, ne double la mise à la 82e. Alors que les Lions semblaient condamnés, Ibrahim Mbaye a refusé de sortir de cette soirée sans laisser son empreinte. À la 90+5e minute, le jeune attaquant a réduit l’écart et écrit une page d’histoire en devenant, à seulement 18 ans et 142 jours, le plus jeune buteur de l’histoire du Sénégal et du football africain en Coupe du monde. Un éclair dans la nuit sénégalaise, aussitôt suivi par le doublé de Mbappé dans les ultimes secondes (90+6), qui a définitivement scellé le succès des Bleus.
Une première heure maîtrisée avant le basculement du match
Le plus rageant pour les Lions, c’est qu’ils avaient les occasions pour écrire une autre histoire. Nicolas Jackson a trouvé le poteau à la 25e minute, Ismaïla Sarr a manqué une balle de but immense juste avant la pause, et la France a longtemps paru en déséquilibre, dominée dans l’intensité et gênée dans la lecture des espaces. Durant les quarante-cinq premières minutes, le Sénégal a donné l’impression d’être l’équipe la plus en maîtrise. Les occasions franches étaient sénégalaises, l’intensité également, jusqu’à ce que la France reprenne progressivement le contrôle après la pause. C’est là que le match a basculé : non pas sur une domination brutale, mais sur une reprise de contrôle progressive, méthodique, presque clinique.
Deschamps ajuste, Olise change le visage de la France
Le tournant tactique est venu de Didier Deschamps. Le sélectionneur français a expliqué sans détour : « Je suis franc avec mes joueurs », puis « Nous n’avons pas réalisé une bonne première période, nous pouvions faire mieux dans de nombreux domaines. Je ne crie pas, mais je leur dis ce que je pense et ils doivent ensuite prendre les bonnes décisions. » Surtout, il a modifié la position de Michael Olise, davantage placé dans un rôle de création, et ce simple déplacement a ouvert des lignes de passe que le Sénégal ne parvenait plus à fermer. Le premier but de Mbappé naît de cette justesse retrouvée, avec Olise à la passe et une attaque française enfin synchronisée.
Côté sénégalais, Pape Thiaw n’a pas cherché à masquer les failles. Sa lecture est nette : « Il y a eu des erreurs, c’était une erreur collective », a-t-il reconnu, avant d’ajouter : « Par moments, nous avons défendu avec un bloc bas et nous avons été très passifs sur le terrain. Nous devons être plus agressifs sur les porteurs de balle afin d’éviter certaines passes comme celles qui ont amené les buts français. » Cette phrase résume presque tout le problème du second acte : le Sénégal a reculé, parfois trop bas, et a laissé la France installer son jeu entre les lignes au moment précis où l’équipe manquait le plus de jambes pour défendre vers l’avant.
Fatigue, choix tactiques et occasions manquées
Il y a aussi une lecture humaine de cette défaite. Kalidou Koulibaly a joué l’intégralité de la rencontre alors qu’il revenait tout juste d’une longue période sans compétition, ce qui pose inévitablement la question de la gestion de ses charges. En fin de match, son influence n’a pas disparu, mais son rayonnement a diminué avec la fatigue collective. Même chose pour Pape Gueye, dont les pertes de balle ont pesé lourd, notamment sur le second but français. Gana Gueye, lui, a semblé accuser le coup physiquement à mesure que le milieu sénégalais se faisait aspirer vers l’arrière. Dans ce genre de match, l’expérience est une force au départ, puis un poids quand le rythme s’accélère.
Le débat des choix offensifs va forcément revenir. Avec des profils très rapides comme Ibrahim Mbaye et Assane Diao, le Sénégal pouvait imaginer davantage de profondeur et de menace dans les espaces. Mbaye a d’ailleurs marqué après son entrée, en réduisant l’écart dans le temps additionnel, tandis que Diao est resté sur le banc, alors qu’une option existait peut-être déjà plus tôt, notamment dans une logique de remplacement de Sadio Mané ou d’attaque de la dernière demi-heure. C’est une vraie question de match management : fallait-il garder les cadres trop longtemps, ou injecter plus tôt de la vitesse pour attaquer une défense française qui commençait elle aussi à s’ouvrir ? Sur le contenu pur, l’idée de faire entrer plus tôt un profil de transition comme Mbaye ou Diao se défend pleinement.
Il faut aussi revenir à ce que le Sénégal a raté en premier mi-temps. Quand une équipe domine dans les occasions franches sans convertir, elle s’expose à la sanction des grands rendez-vous. Le poteau de Jackson, l’occasion d’Ismaïla Sarr, puis la reprise française après la pause racontent ce vieux principe du haut niveau : les temps forts non capitalisés reviennent toujours vous poursuivre. Deschamps a trouvé le bon réglage, Thiaw a constaté le déficit d’agressivité et de fraîcheur, et le match a glissé au moment où les Lions n’avaient plus assez de répondant pour contester le nouveau visage de la France.
Pistes et conclusion du match
La solution, dans une lecture rétrospective, tient sans doute en trois pistes. D’abord, oser plus tôt la profondeur et la vitesse pour punir une défense française parfois vulnérable dans la première période. Ensuite, réorganiser le milieu dès que la France a commencé à trouver Olise dans l’axe, en fermant plus vite les lignes de passe et en injectant un profil de rupture type Pathé Ciss pour redonner du volume défensif. Enfin, mieux gérer certains retours de blessure, notamment dans l’axe, pour éviter que la fin de match ne devienne une affaire d’endurance pure. C’est là que la marge entre une belle résistance et une vraie performance se joue.
Au fond, le Sénégal n’a pas été humilié. Il a été usé. Et il y a une nuance immense entre les deux. Les Lions ont montré assez de choses pour nourrir des regrets, pas assez pour masquer les manques. La France, elle, a prouvé qu’un grand match international se gagne aussi par la précision des ajustements et la capacité à frapper au moment exact où l’adversaire commence à respirer moins bien. Deschamps a trouvé sa clé. Thiaw, lui, sait désormais où se trouvent les zones à corriger. Et dans un tournoi aussi court, ce sont souvent ces détails-là qui deviennent des urgences.
Chez EBR Medias, le football est mon quotidien. Des Lions du Sénégal au championnat local, en passant par les stars africaines, les grandes compétitions et le foot mondial, je raconte et analyse le jeu avec rigueur, passion et des sources fiables.

