Au Sénégal, le football aime les soirées de gloire. Il supporte beaucoup moins les nuits où les couloirs bruissent, les comptes se contestent et les équilibres se fissurent. À 51 jours du coup d’envoi de la Coupe du monde FIFA 2026 où les Lions entreront dans un groupe I relevé avec la France, la Norvège et l’Irak, la Fédération sénégalaise de football voit remonter à la surface des tensions qui donnent à la sérénité des allures de luxe.
La séquence actuelle ne sort pas de nulle part. Abdoulaye Fall a été élu président de la FSF le 3 août 2025 pour un mandat de quatre ans, avant d’être officiellement installé le 25 septembre 2025. La Fédération présente aujourd’hui un organigramme où Abdoulaye Saydou Sow occupe le poste de secrétaire général, tandis que le nouveau président a multiplié les chantiers de réorganisation depuis sa prise de fonctions.
Une gouvernance sous tension
C’est précisément là que la mécanique se grippe. Dsports décrit une « gestion bicéphale » autour du tandem Fall–Saydou Sow et rapporte qu’en interne, plusieurs membres du Comex s’interrogent sur le véritable centre de décision. Le média évoque une nomination du DTN et un nouvel attelage technique qui auraient été mal vécus, certains dirigeants estimant ne pas avoir été consultés avant des arbitrages jugés majeurs.
Le cœur du malaise n’est pas seulement institutionnel ; il est aussi politique. Toujours selon Dsports, le rôle d’Abdoulaye Saydou Sow dépasse, aux yeux de certains, le simple cadre administratif du secrétariat général, au point d’alimenter l’idée d’un pouvoir parallèle. Dans une fédération encore traversée par des lignes issues de la dernière élection, les alliances d’hier n’ont pas disparu ; elles se sont simplement durcies.
Cette impression de travail en silo pèse lourd dans une instance qui devrait, au contraire, afficher une unité de commandement. Le Comex est décrit comme un espace où les frustrations s’additionnent et où plusieurs sensibilités se sentent reléguées. Dans un football fédéral, la forme compte presque autant que le fond : lorsqu’une décision est prise sans qu’elle soit perçue comme partagée, elle devient immédiatement un sujet politique.
Les primes empoisonnent la maison FSF
À la fragilité institutionnelle s’ajoute désormais une affaire autrement plus corrosive : celle des primes. L’onde de choc est venue des colonnes de L’Obs ce 21 avril, avec des révélations sur une distribution contestée des récompenses liées au parcours du Sénégal à la CAN. Le quotidien place un premier groupe de cinq responsables — Amadou Kane, Bacary Cissé, Pape Sidy Lô, Bamba Bâ et Elimane Lam — au cœur d’un partage qui aurait déclenché la colère d’une large partie du Comex.
Selon les informations publiées, ces cinq responsables auraient bénéficié de 2 millions FCFA par match gagné durant la CAN, auxquels s’ajoute 1 million FCFA pour le match nul face à la RDC, soit 13 millions FCFA chacun. Sur le fond, la somme interroge. Sur la forme, elle secoue davantage encore : plusieurs membres du Comité exécutif estimeraient ne pas avoir été associés au processus de validation.

Dans le prolongement de ces révélations, Seneweb rapporte, en relayant les informations du Quotidien L’Obs, qu’un second cercle de dirigeants aurait également perçu des montants plus importants. Sont cités Abdoulaye Fall, Abdoulaye Saydou Sow, Babacar Ndiaye, Kosso Diané et Cheikh Seck, qui auraient touché, selon les informations relayées, 75 millions de francs CFA au total. De quoi renforcer un sentiment d’inégalité déjà installé.
Le point sensible n’est pas seulement le chiffre, mais la méthode. Une partie du Comex se sentirait tenue à l’écart d’un dossier qui concerne pourtant l’ensemble de la maison. Dans ce type d’affaire, les montants choquent l’opinion ; les procédures, elles, fissurent les institutions.
Le timing, enfin, est redoutable. Au moment où les Lions devraient parler automatismes, continuité et montée en puissance, le débat public glisse vers la gouvernance, les bonus et les rivalités internes. La fédération, au lieu de projeter l’image d’un bloc tourné vers le Mondial, expose ses lignes de fracture.
Mondial 2026 : quand le bruit menace le terrain
Sportivement, le défi est immense. Le Sénégal a hérité d’un groupe I redoutable face à la France, la Norvège et l’Irak lors du Mondial 2026. Premier rendez-vous contre les Bleus le 16 juin, avant d’enchaîner la Norvège le 23 juin puis l’Irak le 26 juin. Dans une compétition élargie à 48 équipes et 104 matches, le moindre retard de préparation peut coûter cher.
Le tableau est suffisamment exigeant pour que les Lions ne s’accordent aucun détour inutile. La France demeure une référence mondiale. La Norvège avance avec une génération ambitieuse portée par Erling Haaland. L’Irak, enfin, représente l’adversaire piège par excellence. Sur le papier, le Sénégal possède des armes pour rivaliser. Dans la réalité, il lui faut surtout un environnement stable pour convertir son potentiel en performance.
C’est là que se joue l’essentiel. Une fédération n’est jamais seulement un organigramme : c’est une chaîne de confiance. Quand cette chaîne se tend, cela finit toujours par apparaître dans les choix, dans le discours, puis parfois sur le terrain. À l’approche d’un Mondial où le Sénégal veut confirmer son nouveau statut, la moindre crise de gouvernance devient un handicap compétitif.
Pour l’heure, les révélations publiées par la presse sénégalaise dessinent moins un scandale définitivement établi qu’un système sous haute température. La suite dépendra de la capacité de la FSF à clarifier, expliquer et recadrer. En football, les crises les plus dangereuses ne sont pas toujours celles qui explosent. Ce sont souvent celles qui s’installent, jusqu’à faire croire que le bruit est devenu normal.
Chez EBR Medias, le football est mon quotidien. Des Lions du Sénégal au championnat local, en passant par les stars africaines, les grandes compétitions et le foot mondial, je raconte et analyse le jeu avec rigueur, passion et des sources fiables.

