Le Sénégal n’a pas gagné cette CAN U17 dans le confort. Il l’a arrachée, match après match, en traversant la tempête avant de toucher le sommet.
Le sacre des Lionceaux de la Teranga à la Coupe d’Afrique des Nations U17 2026, au Maroc, raconte bien plus qu’une simple finale gagnée aux tirs au but. Il raconte une équipe qui a appris à encaisser, à se réinventer et à grandir sous pression. Battus d’entrée par l’Afrique du Sud (1-2), les Sénégalais ont ensuite remis leur tournoi sur ses rails avec une victoire contre le Ghana (1-0), avant de renverser l’Algérie (2-1) pour terminer en tête du groupe D et valider leur billet pour la Coupe du monde U17 2026.
Un départ heurté, puis une montée en puissance
Ce parcours n’a rien eu d’une ligne droite. Après la claque inaugurale contre l’Afrique du Sud, le Sénégal a dû se réinstaller mentalement dans le tournoi. Le succès face au Ghana a servi de point d’appui, mais c’est le renversement contre l’Algérie qui a donné une vraie densité au récit sénégalais : une équipe capable de revenir au score, de gérer les temps faibles et de finir fort, exactement le genre de maturité qu’on attend d’une nation qui a fait de la formation une arme de puissance.
En quart de finale, les Lionceaux ont encore été poussés dans leurs retranchements par le Mali. Le match s’est terminé sur un nul 1-1, après un Sénégal longtemps devant mais réduit à dix et rejoint dans le temps additionnel, avant une séance remportée 4-2. En demi-finale, même scénario sous haute tension contre le pays hôte Maroc : ouverture du score sénégalaise, égalisation marocaine au bout du temps additionnel, puis un succès 7-6 dans une séance étouffante où Assane Sarr a pris une autre dimension.
Assane Sarr, le visage de la résistance sénégalaise
Le point d’orgue du tournoi porte un nom : Assane Sarr. Le gardien sénégalais a été désigné meilleur portier de la CAN U17 2026 par la CAF, récompense logique pour un joueur décisif dans les moments les plus brûlants du tournoi. Il a pesé dans les séances de tirs au but, a tenu la barre quand le match vacillait, et a fini par incarner cette forme de calme intérieur qui sépare les belles équipes des vraies championnes.
En finale, le Sénégal a encore dû puiser dans ses ressources. Au stade Moulay El Hassan de Rabat, les Lionceaux de la Teranga ont été surpris dès la 7e minute par Hamis Chenga, avant de recoller au score grâce à Ibrahima Dione à la 64e minute. Face à une solide équipe tanzanienne, les jeunes de Lamine Sané ont tenu jusqu’à la séance des tirs au but, remportée 4-2. Les Tanzaniens ont manqué deux de leurs tentatives, dont une hors cadre, tandis qu’Assane Sarr a repoussé le quatrième tir adverse. Une prestation à l’image de son tournoi, qui lui a valu le titre de meilleur gardien de la compétition.
Cette victoire offre au Sénégal un deuxième titre continental dans la catégorie, un jalon majeur qui confirme la profondeur de sa filière de formation et la continuité de son travail de détection et d’accompagnement des jeunes talents.
Une lettre de la CAF, et un message politique fort
Dans sa lettre de félicitations adressée à Abdoulaye Fall, Patrice Motsepe a salué les Lionceaux, leur staff et la Fédération sénégalaise de football. Le président de la CAF a également relié ce succès au leadership de la FSF et à la fierté du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, tout en projetant déjà le Sénégal vers la Coupe du monde U17 de la FIFA Qatar 2026. Cette reconnaissance officielle donne au titre une portée qui dépasse le simple cadre sportif : elle récompense un modèle de formation, une vision et une continuité dans les résultats.
L’écho de ce sacre a d’ailleurs rapidement dépassé les instances du football africain. Sur ses réseaux sociaux, le président Bassirou Diomaye Faye a tenu à féliciter les jeunes champions sénégalais : « Jërëjëf, Gaïndé yi ! Champions d’Afrique U17 ! Par votre talent, votre discipline et votre détermination, vous faites honneur au Sénégal et ouvrez de belles perspectives pour l’avenir de notre football. Félicitations aux joueurs, à l’encadrement et à toute la famille du football sénégalais. Le Sénégal est fier de vous ! » Avant de conclure par un mot-dièse qui résume parfaitement l’état d’esprit du moment : ‘Pays De Champions.’
Le message a trouvé un prolongement dans celui de Khady Diène Gaye, qui avait remis le drapeau national aux Lionceaux avant leur départ pour le Maroc. Saluant un parcours « de courage, de discipline et de talent », elle a rappelé la promesse faite par les joueurs au moment de leur départ : se battre jusqu’au bout pour ramener le trophée. Une promesse tenue. « Nous sommes encore une fois Champions d’Afrique. Le Sénégal est fier de vous ! », a-t-elle écrit dans un message empreint d’émotion.
Lecture tactique : un champion qui sait survivre
La grande force du Sénégal dans cette CAN U17 tient à une idée simple : ne jamais sortir du match, même quand le match semble lui échapper. Le collectif a montré une base défensive solide, une discipline de placement réelle et une capacité à accepter les temps faibles sans paniquer. Ce n’est pas une équipe qui a écrasé ses adversaires ; c’est une équipe qui a résisté à la pression, absorbé les coups, puis fait parler sa maturité dans les moments où tout se joue à l’instinct et au nerf. Cette lecture est cohérente avec le parcours décrit par la CAF, qui insiste sur la discipline, la résilience et la composure du groupe sénégalais.
Dans un tournoi de jeunes, cette stabilité mentale vaut presque autant qu’un talent individuel éclatant. Le Sénégal a marqué moins par la flamboyance que par sa capacité à survivre aux scénarios instables, à retrouver son équilibre après un but encaissé, et à transformer les séances de tirs au but en terrain de conquête. Ce type de victoire dit souvent plus qu’un large score : il raconte une équipe prête pour le très haut niveau.
Un sacre qui dépasse le seul trophée
Ce deuxième titre U17 consacre davantage qu’une génération. Il valide une culture de compétition, une exigence de formation et une manière sénégalaise d’aborder les tournois de jeunes : avec l’ambition de gagner, mais aussi avec l’idée de construire des joueurs capables d’encaisser la pression d’un continent entier. La Tanzanie, finaliste pour la première fois, a offert une vraie résistance et a rappelé que cette édition 2026 a aussi servi de vitrine à des nations montantes.
Au bout du compte, le Sénégal ne repart pas seulement de Rabat avec un trophée. Il repart avec une confirmation : dans les catégories de jeunes comme chez les A, le pays a installé une norme. Et cette norme commence désormais à peser comme une évidence sur tout le continent.
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